"Pas une feuille d'arbre ne bouge dans ce pays sans que ce soit moi qui la bouge"
Originaire d'une famille modeste, Augusto Pinochet obtient le grade sous-lieutenant dès 1939 après des études militaires. Quatorze ans plus tard, il obtient le grade commandant dans l'armée chilienne. Sa carrière ne connaît pas de ralentissement et en 1970, Eduardo Frei (président du Chili depuis 1964) le nomme général de brigade puis général de division.
Le coup d'Etat du 11 septembre
Sous la présidence de Salvadore Allende - dont Pinochet est proche - le pays connaît d'importants soubresauts politiques. Les milices ouvrières (Unité populaire) - qui soutiennent la coalition socialo-communiste d'Allende, affrontent des groupes paramilitaires aux ordres de la bourgeoisie chilienne et soutenus clandestinement par la CIA. Le Pentagone apprécie peu le programme de nationalisations accru qui exproprie les compagnies américaines du cuivre. Le président
Nixon tente de déclencher un coup d'Etat dans un pays asphyxié économiquement par l'inflation galopante.
Après avoir été un loyaliste convaincu, Pinochet rallie l'opposition et participe au coup d 'Etat du 11 septembre 1973. C'est lui qui conduit l'attaque contre la présidence chilienne. Dans des circonstances demeurées troubles, Salvadore Allende meurt - suicide, assassinat commandité par la CIA, la question reste en suspens.
La dictature
Augusto Pinochet va prendre la tête d'une junte militaire qui organisera une des dictatures les plus sanglantes du siècle. La "Caravane de la mort", un groupe de militaires assassinera plus de 75 opposants dans les semaines qui suivent le coup d'Etat. Le Congrès est dissous, l'Unité Populaire considérée hors-la-loi. Aux arrestations arbitraires (130 000 personnes en trois ans) succèdent les exactions à l'encontre des opposants au régime. Plus de 3000 personnes seront tuées et un million de personnes choisiront l'exil. Dès 1977, la Commission des Droits de l’homme des Nations unies accuse le gouvernement chilien de torturer ses prisonniers.
En dépit de cela, Augusto Pinochet se fait plébiscité, en 1980, pour un nouveau mandat - commençant en 1981 - de huit ans à la tête du pays. Outre la sévérité du régime politique, les Chiliens subissent une cure d'austérité économique sans précédent. Pinochet privatise la quasi-totalité de l'économie mais la crise endette fortement les grands groupes dont l'Etat doit reprendre les créances. Toutefois, une nouvelle classe moyenne émergera dans le pays sous sa présidence et explique qu'encore aujourd'hui une part non négligeable de l'opinion chilienne juge le dictateur avec une grande indulgence.
Devant la colère du peuple et la pression internationale, Pinochet infléchit sa ligne politique au milieu des années 80 et permet aux partis d'opposition de revenir sur la scène politique. Sur de ses résultats en la matière, il organise un referendum visant à le confirmer dans ses fonctions mais les électeurs refusent. Pinochet doit organiser des élections libres. Augusto Pinochet conserve de hautes fonctions dans l'armée avant d'être sénateur à vie en 1990.
Les procès
Le 16 octobre 1998, Augusto Pinochet est arrêté dans une clinique de Londres où il faisait soigné une hernie lombaire. Quelques jours plus tard, les magistrats de la Haute-Cour de justice britannique annulent, les mandats d'arrêt lancés contre le général Pinochet en retenant les arguments de ses avocats invoquant l'immunité diplomatique. Ils décident cependant de maintenir provisoirement l'ancien dictateur chilien en détention, dans la clinique londonienne. La chambre des Lords casse la décision, les plaintes pour enlèvements et assassinats se succèdent en Europe de la part d'anciens opposants (Italie, Allemagne, Espagne).
Après deux ans d'imbroglio juridique, Pinochet est renvoyé au Chili qui demande sa libération et mettra plusieurs années à réaliser les poursuites judiciaires.
Le 26 août 2004, la Cour suprême du Chili décide de lever l'immunité parlementaire de Pinochet dans le cadre de l'enquête sur le Plan Condor. Ce plan concerté des dictatures sud-américaines avait été organisé en vue d'éliminer entre 1974 et 1980 les opposants politiques aux régimes militaires en place au Chili, en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay. Les familles des victimes seront déboutées par la justice chilienne
Accusé d'avoir commandité l'exécution de 119 membres de l'Unité Populaire, son immunité est levée en septembre 2005. En mai 2005, Manuel Contreras, qui dirigeait sa police secrète (DINA), avait affirmé que la responsabilité incombait bien à Augusto Pinochet. Le général Contreras, qui purge une peine de 12 ans de prison pour la disparition d'un jeune dissident en 1975, a fourni à la Cour suprême chilienne une liste décrivant le sort de plus de 500 opposants arrêtés.
Un important dossier de fraude fiscale vient s'ajouter à la liste des méfaits et indigne l'opinion publique chilienne. Chef des armées entre 1990 et 1998, Pinochet aurait versé dans le trafic d'armes et engrangé 27 millions de dollars sur des comptes bancaires secrets. Là encore, la Cour suprême lève son immunité le 19 octobre 2005. L'ancien dictateur doit être jugé à la fin de cette même année mais son état de santé ne le permet pas. Le 3 décembre 2006, il est victime d'une crise cardiaque aiguë. Il est hospitalisé en urgence et subit un pontage coronarien à l'hôpital militaire de Santiago. Il y meurt le 10 décembre.