Rupture tranquille avec la Cinquième République..."Ainsi la VI ème République réalise un déplacement du centre de gravité du lieu des décisions politiques. D'un homme seul imposant aujourd'hui sa décision présidentielle indiscutée et indiscutable aux autres pouvoirs, la VIème République rééquilibre et organise devant le pays une mise en partage des problèmes et une mise en délibération des décisions." Par cette formule extraite d'une tribune dans Libération, Arnaud Montebourg résume bien toute l'ambiguité qu'il y a à vouloir réfonder une République sans en défaire le socle : l'élection au suffrage universel direct du Président de la République. Tout au long de son texte, Montebourg ne manque ni d'emphase ni d'un certain nombre d'arguments pour rappeler à quel point nous sommes prêts d'un grand renouveau institutionnel si Ségolène Royal est élue: abrogation du 49-3 et restriction du recours aux ordonnances côté réforme de l'Exécutif Roi, dose de proportionnelle dans les élections législatives et meilleure prise en compte de l'opposition dans le jeu parlementaire ( la Commission des finances lui reviendrait), côté citoyen droit de pétition et droit de provoquer des referendums d'initiative populaire... Certes, ces aménagements ne sont pas anodins et redonneraient probablement du souffle à un système asthmatique, mais la clef de voute d'une véritable révolution insitutionnelle serait la fin de l'élection présidentielle telle que nous la connaissons et l'irresponsabilité quasi-constitutionnelle d'un Chef de l'Etat en roue libre - Jacques Chirac aura incarné cette posture de manière presque poétique pendant deux mandats. Sacralisée depuis De Gaulle et systématiquement renforcée depuis, notablement par François Mitterrand, la figure présidentielle est le visage de la démocratie représentative : cette élection reste d'ailleurs la plus prisée avec les municipales par le corps électoral. Les candidats sont donc réticents à une trop lourde refonte du système, perspective anxiogène s'il en est : peu au fait des rouages institutionnels, les Français ne vivraient -ils pas comme un déni de démocratie la fin du suffrage universel ?Personne pour prendre le risque d'indiquer qu'il n' y a aucun autre exemple similaire au nôtre dans toute l'Union - comparaison qu'on hésite moins à faire quand il s'agit de dézinguer les 35 heures ou vanter les charmes de la négociation sociale mais passons... Comme on le voit Royal et son camp ne disent rien, Nicolas Sarkozy privilégie le rôle du président parce que justement il est élu et les quelques mesurettes qu'il propose (un chouia de proportionnelle) modernisent autant qu'elles renforcent la Cinquième. Même François Bayrou dont on dit qu'il serait le plus audacieux sur le renouvellement institutionnel n'ose pas aller jusque là et on ne trouve guère que Marie-George Buffet pour demander un suffrage universel indirect. Mais alors que l'opinion serait prête à imaginer un gouvernement de coalition, à accepter l'idée du compromis constructif plutôt que l'affrontement - une pratique politique qui est pirivilégiée dans le fonctionnement de l'Union européenne soit dit en passant - on peut penser qu'elle est prête à la fin du mythe de l'homme providentiel. Sans quoi, il convient de parler de Vème République ter plutôt que de Sixième, comme le fait à juste titre Alain Duhamel. Cette appellation assez moche reflète en effet bien mieux le courage relatif des candidats sur cette question. Sur le mag politique : synthèse des propositions institutionnelles des douze prétendants. Commentaires
De Orange, posté le 28.03.07 à 12:37
![]() Désolée mais je ne pense pas du tout que les français dans leur majorité souhaitent la fin de l'élection du président au suffrage universel. Je pense qu'ils y tiennent beaucoup. On peut le regretter mais il faut prendre les français comme ils sont (en tout cas à court terme). Un tel bouleversement institutionnel ne peut pas se décider en pleine campagne, il faudrait d'abord bien expliquer l'intérêt de ce changement à travers des débats dépassionnés et pédagogiques, en dehors de la période électorale. De easywriter, posté le 28.03.07 à 15:15 ![]() Mais je suis en partie d'accord avec vous, je me demande juste s'il n'y a pas une fenêtre de tir avec ces histoires de coalition gouvernementale toujours est-il qu'il peut être de la responsabilité des hommes politiques d'ouvrir frontalement le débat et de le nourrir quitte à heurter un peu De Faf, posté le 28.03.07 à 18:56 ![]() Les seuls exemples de régime semi-présidentiel que l'on trouve en Europe sont Malte et... La Biélorussie. La France exporte du fromage et du vin très bien (encore que), mais pour ce qui est du modèle institutionnel, faudra repasser. De Faf, posté le 28.03.07 à 18:58 ![]() Erratum : c'est la Roumanie et Chypre qui ont repris notre modèle, sans oublier toujours la Biélorussie, modèle de démocratie s'il en est. De lafken hogon, posté le 28.03.07 à 19:09 ![]() Je suis plutôt d'accord avec Orange: les Français sont attachés à l'élection présidentielle au suffrage direct, de même que pour les maires. C'est d'ailleurs par l'absence de cette légitimité directe et "claire" que, quand on parle de supprimer un échelon de collectivité, on parle des Conseils Généraux et pas des communes ou des Régions. J'ai bien peur que, si tu "ouvres frontalement le débat", tu auras, au mieux, une discussion de "spécialistes", mais en aucun cas l'engouement des foules. Je pense que pour que les Français se passionnent pour le "comment fonctionne la machine", il faudrait d'abord qu'ils ressentent le "à quoi elle sert la machine". Chaque chose en son temps, donc, et je pense que c'est ce qui se profile au mieux... Par contre, je ne suis pas d'accord (évidemment pas) avec "l'opinion serait prête à imaginer un gouvernement de coalition, à accepter l'idée du compromis constructif plutôt que l'affrontement - une pratique politique qui est privilégiée dans le fonctionnement de l'Union européenne soit dit en passant". Ce fonctionnement n'est pas privilégié, il est subi, et la différence est de taille: tu ne peux pas faire croire qu'un électeur d'une circonscription italienne avait en tête le résultat final avec toutes les acrobaties quotidiennes qu'il engendre (je ne sais pas comment ils sont élus là-bas les députés...). Je penserais plutôt que les français croient que les solutions manichéennes ne sont pas efficaces et ne correspondent même plus à leur lecture du monde (sans majuscule). Par contre, je ne pense pas qu'ils souhaitent une instabilité ou une majorité devant fonctionner sur le compromis permanent, sur les tractations (le chantage?). En quelques sortes, je dirais qu'ils veulent "de l'action": ils ont donné une majorité à Chirac alors qu'ils voulaient le zigouiller quelques semaines plus tôt, ils ont élu des majorités régionales fortes. Donc: de l'action, les moyens de l'action, mais pas une action extrémiste, dogmatique. Et une fois qu'ils auront ça, peut-être que ça les intéressera le "comment ça marche le truc"... Voilà... De lafken hogon, posté le 28.03.07 à 19:12 ![]() Oups, j'avais lu "en Europe" plutôt que dans le "fonctionnement de l'Union Européenne". Ouais et bien rebelote: on reproche à l'Europe d'être immobile et tu proposerais qu'on l'imite dans son fonctionnement alors qu'on doit réfléchir à le modifier? Nope. De easywriter, posté le 28.03.07 à 19:17 ![]() Non un récent rapport du conseil d'etat décryptait bien le problème de l'administration française et des élus politiques : l'incapacité à travailler en amont de manière pragmatique et concertée ce qui d'après le rapport expliquait bien des dysfonctionnements avec le fonctionnement d'une Union où la règle est plus le compromis et les débats très en amont de l'adoption de textes par exemple l'Europe n'est immobile que depuis l'échec de traités constitutionnels non ratifiés par des Etats souverains. Une raison qui lui est exogène d'une certaine manière... De lafken hogon, posté le 29.03.07 à 10:38 ![]() Non. Ce que tu appelles "travail en amont" est en fait un travail de "lobbying" au sens positif du terme: à savoir: avant qu'un texte soit voté, les parties intéressées (genre les grandes régions d'Europe pour un domaine que j'ai croisé) s'informent de ce qui est dans les "tuyaux", prennent contact avec les personnes en charge de la rédaction du texte et les "sensibilisent" à la réalité concrète de la Bavière, de la Catalogne, etc.. Du coup, ben le texte prend mieux en compte les intérêts du paysan bavarois et de l'industrie catalane. C'est là où je vois un réel travail en amont de concertation, pas par une résolution "a posteriori" par la négociation telle que je la comprends dans ton texte, c'est-à-dire seulement une question d'ententes politiques sur une échelle droite-gauche. Si les partis de droite et de gauche européens arrivent à s'entendre "en aval", c'est bien parce qu'ils ont été "sensibilisés" par les mêmes messages auparavant. Les messages sont d'ailleurs souvent (toujours?) contradictoires parce qu'ils reçoivent des infos des lobbys des grandes industries en même temps que celles venant de régions, que celles venant d'ONG, d'où l'importance d'avoir les moyens techniques de se forger une opinion propre que le Parlement français n'a absolument pas... Bref, je pense, pour ce qui est de la démocratie française, que l'important est un peu dans une réforme des textes, mais surtout dans un renforcement financier du Parlement. Une question toute bête: comment voulez-vous que le député de l'Ain avec celui de la Nièvre et des Côtes d'Armor (au hasard) puissent avoir des dossiers techniques et des argumentaires tenant le choc contre un dossier ficelé par l'industrie pharmaceutique? Or, au bout d'un moment, les infos les plus pertinentes seront relayées par les médias, abreuvés de chiffres venant de quel côté d'après vous? Easy, tu vois ce que je veux dire? De easywriter, posté le 29.03.07 à 10:53 ![]() Certes tu as plutôt raison, sur les finances c'est imparable il n'en demeure pas moins qu'un des pbs majeurs pour en revenir à nos histoire insitutitonnelles est le statut du president de la republique, les gens ne s'intéressent pas à la machine mais à ce qu'elle fait mais c'est parce qu'ils ne font pas nécessairement le lien entre les rouages de l'appareil et les conséquences de ceux ci dans l'action il y a pourtant un lien et je reste convaincu que si les instotutions ne sont pas l'essentiel du problème du pays elles posent tout de même des questions je crois vraiment que le système est à bout de souffle et qu'une adaptation au tye d'executif majoritaire en europe a des vertus mais encore une fois tes arguments font mouche + De Matthieu, posté le 29.03.07 à 15:18 ![]() Je suis d'accord avec toi Easy sur le besoin de changer les institutions. Je dirais que ce changement est nécessaire pour que le pouvoir fonctionne bien (le "à quoi sert la machine"). Concernant l'élection du Président, je crois en effet que les Français ne sont pas prêt à y renoncer. Une piste serait peut-être de placer son élection après les législatives (celles-ci étant idéalement à la proportionnelle). J'ai écrit un post sur le sujet : http://ouvrez-vous.over-blog.net/article-6106815.html. En tout cas, il n'y a pas de raison pour que le débat n'apparaisse pas dans la campagne, comme le suggère Orange. Au contraire : c'est maintenant qu'il faut parler des grandes réformes. De Le conventionnel, posté le 31.03.07 à 16:47 ![]() Bonjour et merci pour votre billet. La Convention pour la 6e République (C6R) défend elle aussi fondamentalement l'élection d'un chef d'Etat au suffrage universel indirect pour en finir avec une certaine forme de "capolarisation" de la vie publique française et d'irresponsabilité. La campagne commence et il y aura une après campagne. Nous en saurons un peu plus après le colloque que la C6R organise ce samedi en partenariat avec Libération à Paris. Encore merci pour votre billet. De yanou, posté le 04.04.07 à 10:31 ![]() Ce serait revenir totalement en arrière, et pourquoi pas un retour à la dépravante quatrième rpublique pendant qu'on y est. La cinquième république à sa conception selon de Gaulle est la souveraineté par le peuple Ajouter un commentaire |
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