Episode II : Clémentine et moiPosté par Benjamin Berton le 16.03.07 à 16:07
Allons y avec méthode. Tout a commencé aux premiers jours de mars. Il y tout juste deux mois d'ici. Evidemment la campagne battait déjà son plein. On ne parlait que de ça. Vous vous souvenez sans doute de ce qui se passait alors. Cela ne fait pas si longtemps après tout. Nicolas Sarkozy traversait une zone de turbulences et Ségolène Royal avait repris du poil de la bête après son passage chez PPDA. Bayrou sur son nuage, le crétin des Pyrénées, se voyait à cette époque, en haut de l'affiche. Les sondeurs le créditaient de près de 20% des intentions de vote. Les petits candidats s'échinaient à dégotter les signatures d'élus qui leur permettraient d'accéder au premier tour. La presse venait de révéler que certains avaient proposé, en échange des parrainages, une somme d'argent assez conséquente ou, pour d'autres, des services en nature. On rapportait que Villiers offrait aux notables des séjours très particuliers dans la zone rouge du Puy du Fou, des reconstitutions de lupanars médiévaux sous la conduite de chorégraphes-maquerelles slaves, que les candidats d'extrême- gauche proposaient de la came marocaine aux élus divers gauches et que Le Pen, lui-même, formulait des promesses insensées pour obtenir les cinquante paraphes qui lui faisaient encore défaut. Pour ma part, je me contentais de reprendre les dépêches de l'AFP et de couvrir l'actualité pour le compte de mon employeur : un webzine culturel branché détenu par une start-up spécialisée dans le domaine de l'information en santé et consulté uniquement par des ados décérébrés, des pédales et des petites bourgeoises qui tentaient de prolonger leur jeunesse en se cultivant. Autant dire que je ne me cassais pas la nénette. A raison d'un ou deux articles par jour, je ne devais pas consacrer plus de trois ou quatre heures par jour au boulot et mettais en pratique quotidiennement l'anti-adage qui faisait fureur dans les milieux alternatifs: travailler moins pour gagner que dalle. Je touchais 75% du SMIC dans le cadre d'un CNE pour les anti-sociaux, les réformés et les derniers de la classe. Les ¾ de ma promotion émargeaient à trois fois le SMIC, mais je n'en avais rien à secouer. La veille de son assassinat, j'avais enfin réussi à m'infiltrer chez Clémentine Autain pour lui emprunter un pot de moutarde.
Cela faisait quatre mois que j'habitais dans son immeuble du XIème arrondissement. Cela s'était fait par hasard - je ne savais pas qu'elle y habitait lorsque j'avais visité l'appartement - mais j'étais tombé amoureux d'elle au premier coup d'œil. Il ne m'en faut pas beaucoup d'habitude pour craquer sur une fille. C'était allé avec elle à une vitesse inédite, même selon mes standards. Nous avions partagé l'ascenseur un matin et déposé nos poubelles sur le palier à peu près au même moment. Je ne sais pas si je la guettais déjà à cette époque. Et puis j'avais commencé à l'espionner et à écouter depuis chez moi les bruits qui venaient du dessous. Au bout de quelques semaines, j'avais appris à repérer l'organisation de son appartement. Elle me semblait être célibataire, même si je n'en étais pas tout à fait sûr. Elle avait un enfant en bas âge mais pas de compagnon, ou du moins pas à résidence. Je plaquais mon oreille sur le plancher et j'écoutais la jeune femme passer d'une pièce à l'autre. J'allumais la télévision lorsqu'elle l'allumait et me connectais systématiquement aux mêmes chaînes qu'elle. J'aimais l'écouter faire pipi et aussi télécharger immédiatement sur le net les disques qu'elle écoutait et que je parvenais à identifier selon la même technique. Je m'étais réjoui qu'elle ne fut pas candidate à l'élection présidentielle, parce que la campagne l'aurait éloignée régulièrement de notre domicile commun. Cela doit vous paraître inquiétant mais je connais beaucoup d'hommes de mon âge qui fonctionnent comme moi. Je ne me considère pas comme un détraqué, ou pas d'un genre plus pervers ou maniaque que ceux qui chassent sur Internet ou font semblant de tamponner des filles dans la rue pour engager la conversation.
J'étais fou amoureux de Clémentine Autain, ma voisine du dessous, et mettais tout en œuvre, malgré ma timidité, pour me trouver là lorsqu'elle sortait ou rentrait chez elle. Je ne dois pas être le seul, pas vrai ? Je ne vous infligerai pas la description du sentiment que j'éprouvais pour elle quand je l'ai trouvée ce matin-là. Pour la première fois la veille, j'avais osé sonner à sa porte et lui emprunter ce petit pot de moutarde que j'ai conservé depuis. Elle m'avait accueilli avec un sourire, et j'avais cru percevoir dans ses yeux clairs de petites bulles d'intérêt pour ma personne. Clém était vêtue d'une simple nuisette - il était 22 heures - et j'avais entraperçu lorsqu'elle m'avait fait rentrer dans la cuisine et s'était baissée pour prendre le pot dans le réfrigérateur, la pâleur rousse de son épaule quand sa bretelle avait glissé sur le bras. J'avais remercié pour la moutarde et étais rentré chez moi avec l'image de cette peau tendre et laiteuse qui prenait si bien la lumière. Je m'étais endormi après avoir bu quelques verres et n'avais rien entendu par la suite. { Troisième épisode : à suivre lundi... }
Commentaires
De marie, posté le 17.03.07 à 13:40
![]() Assez poilant...vivement la suite De Montsé, posté le 19.03.07 à 13:23 ![]() Berton en délire !!! C'est parti plein pot sur la dérision, non ? ça grince... et c'est drôle. J'ai surtout bien aimé : un webzine culturel branché... et consulté uniquement par des ados décérébrés, des pédales et des petites bourgeoises qui tentent de conserver leur jeunesse en se cultivant... Hem, hem, ça me dit quelque chose. Tu cries vengence ????? ![]() De Lolla, posté le 21.03.07 à 00:14 ![]() C'est pas un peu chelou (et maso?) de tomber amoureux de Clémentine Autain? Ajouter un commentaireWarning: Smarty error: unable to read resource: "blog/footers/feuilleton.tpl" in /opt/WebSites/www.fluctuat.net/htdocs/medias-factory/config/MF_class/smarty/Smarty.class.php on line 1092 |
Des people outrageusement humiliés, des cadavres d'intellectuels tatoués d'un 35 à l'encre noir, la course à l'Elysée 2007 est jonchéede crimes odieux. Un jeune journaliste désabusé et une enquêtrice de la police scientifique vont bientôt trouver le lien entre toutes ses atrocités et décourvir la plus sordide des machinations. Pendant que sur la scène défilent les premiers rôles, en coulisses s'activent ceux pour qui l'issue de la Présidentielle ne tient pas du hasard.
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