Archives > Mars 2007EPISODE I : Je m'appelle Guillaume Burroze
Posté par le 15.03.07 à 16:05 | 1
PARIS, 5 mai 2007 - 18H30
Voilà ce dont je me souviens : des lumières vives qui invitent à plisser les yeux et à déconnecter le cerveau afin de recevoir les messages publicitaires dans toute leur inconsciente efficacité, une forte variation de l'intensité sonore et puis le slogan imparable qui conclut la dernier écran de « réclames » de l'ère Chirac. Le mot tombera d'ailleurs après l'émission. On ne l'utilisera plus. Plus jamais. A chaque changement de président fantoche, le vocabulaire doit être réinventé pour célébrer les temps nouveaux, la nouvelle modernité. Un demi siècle d'histoire de France s'achève, devant les yeux de millions de téléspectateurs, sur un spot pour une soupe déshydratée de tradition, préparée selon des méthodes corréziennes élaborées par des druides homosexuels, un « nectar de printemps » à consommer en famille, dans une maison à 100 000 euros et un bol en poterie. Même pas un symbole à ce stade. Jingle et retour plateau.
Oui, Benjamin. Dans un instant maintenant, on saura qui de nos deux candidats vous avez choisi, qui de nos deux candidats dirigera le pays pendant les cinq prochaines années. On me dit dans l'oreillette. On me dit dans l'oreillette que vous avez été très nombreux à voter. Très nombreux toute cette longue journée. Vous avez été, me dit-on, près de 42 millions à voter et les résultats sont... sont très serrés... me dit-on... cela se joue, Nikos,... C'est ça, Benjamin. C'est vous qui allez ouvrir l'enveloppe, c'est un instant historique. Très important pour vous qui nous regardez. Je m'appelle Guillaume Burroze. Ceci est à peu de choses près tout ce dont je me souviens du dernier rêve que j'ai eu avant le premier meurtre de personnalité. Je ne peux pas vous le raconter jusqu'au bout pour la simple raison que j'ai été réveillé au moment fatidique. Il y a une forte probabilité pour que ce rêve ait d'une façon ou d'une autre été un rêve prémonitoire. J'ai des visions de cet ordre depuis mon plus jeune âge, que je stimule à volonté en ingérant des capsules de fenouil, mais qui, comme tous les songes, ne sont pas aisément interprétables. Ce rêve ne m'aurait servi à rien, se fut-il déroulé jusqu'à son terme. Il ne m'aurait rien appris que je ne sache désormais. Je sais ce qui va se passer dans quelques heures, lorsqu'ils annonceront le vainqueur pour de vrai. J'ignore quel candidat recueillera le plus de suffrages, celui que vous pensez avoir élu, gens de bonne foi, pauvres couillons républicains, pauvres compatriotes, mais je sais que, quels que soient les résultats, il n'y aura pas de surprise pour ceux qui ont tout manigancé.
Je m'appelle Guillaume Burroze et j'ai 33 ans depuis quelques mois. Dans quelques heures, le cours de l'Histoire va recouvrir ce rêve par une couche de réalité tout aussi irréelle que la matière du songe qui l'a initiée. Ils n'ont pas trouvé le dictaphone MP3 que j'avais caché dans la semelle de ma chaussure (un vieux truc laissé en héritage par un prof de l'Ecole de Journalisme que j'ai fréquenté il y a une dizaine d'années). C'est ce qui me permet d'enregistrer ce récit. Lorsqu'il sera achevé, je glisserai l'appareil dans une bouteille plastique qu'ils m'ont laissée pour ne pas crever de soif et la jetterai dans la canalisation qui passe juste sous la pièce où je me trouve. Je m'en remets au destin pour le reste. Si j'ai un peu de pot, il se peut que vous entendiez ma voix un de ces jours ou lisiez la transcription de ce qui figure sur l'appareil. Il se peut même que vous lisiez ceci avant même les faits que je vais vous raconter. Ne vous posez pas trop de questions. Ce n'est pas techniquement impossible, compte tenu de la façon dont les choses évoluent. Mais je n'ai pas le temps de vous en dire plus. Il faudra vous débrouiller par vous même. { Deuxième épisode : la suite ci-dessous }
Episode II : Clémentine et moi
Posté par le 16.03.07 à 16:07 | 3
Allons y avec méthode. Tout a commencé aux premiers jours de mars. Il y tout juste deux mois d'ici. Evidemment la campagne battait déjà son plein. On ne parlait que de ça. Vous vous souvenez sans doute de ce qui se passait alors. Cela ne fait pas si longtemps après tout. Nicolas Sarkozy traversait une zone de turbulences et Ségolène Royal avait repris du poil de la bête après son passage chez PPDA. Bayrou sur son nuage, le crétin des Pyrénées, se voyait à cette époque, en haut de l'affiche. Les sondeurs le créditaient de près de 20% des intentions de vote. Les petits candidats s'échinaient à dégotter les signatures d'élus qui leur permettraient d'accéder au premier tour. La presse venait de révéler que certains avaient proposé, en échange des parrainages, une somme d'argent assez conséquente ou, pour d'autres, des services en nature. On rapportait que Villiers offrait aux notables des séjours très particuliers dans la zone rouge du Puy du Fou, des reconstitutions de lupanars médiévaux sous la conduite de chorégraphes-maquerelles slaves, que les candidats d'extrême- gauche proposaient de la came marocaine aux élus divers gauches et que Le Pen, lui-même, formulait des promesses insensées pour obtenir les cinquante paraphes qui lui faisaient encore défaut. Pour ma part, je me contentais de reprendre les dépêches de l'AFP et de couvrir l'actualité pour le compte de mon employeur : un webzine culturel branché détenu par une start-up spécialisée dans le domaine de l'information en santé et consulté uniquement par des ados décérébrés, des pédales et des petites bourgeoises qui tentaient de prolonger leur jeunesse en se cultivant. Autant dire que je ne me cassais pas la nénette. A raison d'un ou deux articles par jour, je ne devais pas consacrer plus de trois ou quatre heures par jour au boulot et mettais en pratique quotidiennement l'anti-adage qui faisait fureur dans les milieux alternatifs: travailler moins pour gagner que dalle. Je touchais 75% du SMIC dans le cadre d'un CNE pour les anti-sociaux, les réformés et les derniers de la classe. Les ¾ de ma promotion émargeaient à trois fois le SMIC, mais je n'en avais rien à secouer. La veille de son assassinat, j'avais enfin réussi à m'infiltrer chez Clémentine Autain pour lui emprunter un pot de moutarde.
Cela faisait quatre mois que j'habitais dans son immeuble du XIème arrondissement. Cela s'était fait par hasard - je ne savais pas qu'elle y habitait lorsque j'avais visité l'appartement - mais j'étais tombé amoureux d'elle au premier coup d'œil. Il ne m'en faut pas beaucoup d'habitude pour craquer sur une fille. C'était allé avec elle à une vitesse inédite, même selon mes standards. Nous avions partagé l'ascenseur un matin et déposé nos poubelles sur le palier à peu près au même moment. Je ne sais pas si je la guettais déjà à cette époque. Et puis j'avais commencé à l'espionner et à écouter depuis chez moi les bruits qui venaient du dessous. Au bout de quelques semaines, j'avais appris à repérer l'organisation de son appartement. Elle me semblait être célibataire, même si je n'en étais pas tout à fait sûr. Elle avait un enfant en bas âge mais pas de compagnon, ou du moins pas à résidence. Je plaquais mon oreille sur le plancher et j'écoutais la jeune femme passer d'une pièce à l'autre. J'allumais la télévision lorsqu'elle l'allumait et me connectais systématiquement aux mêmes chaînes qu'elle. J'aimais l'écouter faire pipi et aussi télécharger immédiatement sur le net les disques qu'elle écoutait et que je parvenais à identifier selon la même technique. Je m'étais réjoui qu'elle ne fut pas candidate à l'élection présidentielle, parce que la campagne l'aurait éloignée régulièrement de notre domicile commun. Cela doit vous paraître inquiétant mais je connais beaucoup d'hommes de mon âge qui fonctionnent comme moi. Je ne me considère pas comme un détraqué, ou pas d'un genre plus pervers ou maniaque que ceux qui chassent sur Internet ou font semblant de tamponner des filles dans la rue pour engager la conversation.
J'étais fou amoureux de Clémentine Autain, ma voisine du dessous, et mettais tout en œuvre, malgré ma timidité, pour me trouver là lorsqu'elle sortait ou rentrait chez elle. Je ne dois pas être le seul, pas vrai ? Je ne vous infligerai pas la description du sentiment que j'éprouvais pour elle quand je l'ai trouvée ce matin-là. Pour la première fois la veille, j'avais osé sonner à sa porte et lui emprunter ce petit pot de moutarde que j'ai conservé depuis. Elle m'avait accueilli avec un sourire, et j'avais cru percevoir dans ses yeux clairs de petites bulles d'intérêt pour ma personne. Clém était vêtue d'une simple nuisette - il était 22 heures - et j'avais entraperçu lorsqu'elle m'avait fait rentrer dans la cuisine et s'était baissée pour prendre le pot dans le réfrigérateur, la pâleur rousse de son épaule quand sa bretelle avait glissé sur le bras. J'avais remercié pour la moutarde et étais rentré chez moi avec l'image de cette peau tendre et laiteuse qui prenait si bien la lumière. Je m'étais endormi après avoir bu quelques verres et n'avais rien entendu par la suite. { Troisième épisode : à suivre lundi... }
Episode III : Avec le Prince noir ou pas de salut
Posté par le 19.03.07 à 17:09 | 5
Quand je me suis retrouvé devant sa porte le lendemain matin avec le verre de moutarde dans la main, je ne m'attendais évidemment pas à trouver ce que j'ai trouvé. La porte était entrebaîllée, avec des traces d'effraction sur les montants extérieurs. Je me suis avancé sans bruit après avoir frappé et demandé s'il y avait quelqu'un. J'ai poussé la porte de la première chambre et vérifié que le fils de Clémentine dormait tranquillement. L'appartement était désert. Meublé comme un de ces appartements témoins pour émissions de décoration. Couleurs taupe et chocolat, cadres ethniques et bobobibelots posés un peu partout, entre les reproductions de Rothko et de Klimt. J'ai écouté le souffle du gamin pendant quelques secondes et ai refermé la porte pour ne pas le réveiller. Dans le salon, j'ai découvert le corps inanimé. L'adjointe au maire de Paris reposait face contre terre, le visage incliné sur le profil droit. Ses jolies dents blanches étaient légèrement pincées sur ses lèvres figées par la mort. La nuisette de la veille était relevée sur ses hanches et laissait voir ses fesses sublimes affaissées par l'abandon de la vie. En l'absence d'irrigation sanguine, sa complexion avait pâli au delà de sa beauté ordinaire et faisait ressortir sa rousseur et la finesse de ses traits. Je fus d'abord saisi à la gorge par son apparence merveilleuse et cela avant même de me rendre compte qu'il lui était arrivé quelque chose. Je me suis accroupi pour tâter son pouls et n'ai pu m'empêcher de lui caresser le bras. Les policiers ont débarqué à ce moment là. Ils m'ont demandé si c'était moi qui avais appelé. J'ai répondu que non. Ils étaient au nombre de quatre ou cinq, dont deux en vêtements civils. La mort de Clémentine Autain a été constatée officiellement à 8H32, et ce avant même que j'ai eu le temps d'inspecter les lieux par moi-même. Une inspectrice a réveillé l'enfant, qu'ils ont habillé et emmené avec eux. Un policier plus âgé m'a posé quelques questions, puis j'ai été invité à faire le tour de l'appartement en compagnie d'une jeune officier de police. La fille qui était aussi brune que Clémentine était blonde m'a immédiatement manifesté de la sympathie et interrogé sur ma relation avec ma voisine. Elle m'a demandé, comme son collègue avant elle, si je connaissais les lieux, si je venais souvent. Je lui ai dit que non mais que je pouvais aisément la guider : les appartements étaient tous bâtis selon le même moule. Nous sommes allés dans la chambre et avons farfouillé dans les papiers de la victime. Le ou les tueurs étaient passés avant nous, tout était sans dessus dessous. Nous n'avons rien trouvé de significatif.
Attendez, j'ai fait à la jeune inspectrice, il y a un coin qui pourrait vous intéresser. Les promoteurs avaient creusé, dans chacun des appartements, une niche secrète, dissimulée dans un mur et qu'ils vantaient dans les brochures immobilières. Cela correspondait à un besoin des acheteurs potentiels, flattés qu'on mette en avant leur intime singularité. Ce n'était ni tout à fait un coffre-fort, ni un secrétaire, mais une simple niche, dissimulée dans l'encadrement d'une fenêtre et qui permettait de ranger des éléments personnels, lettres d'amour, joailleries, photos, souvenirs d'enfants, ces choses qu'on voulait dissimuler à son conjoint ou garder pour soi. Dans cette annexe du cœur de Clémentine Autain, nous avons découvert deux choses essentielles ou qui allaient le devenir : un guide du routard édition 2004 de la Hongrie, dont plusieurs pages avaient été cornées, et un morceau de papier déchiré et griffonné par une écriture manuscrite. Le message était incomplet et n'en subsistaient que ces mots elliptiques : AVEC PRINCE NOIR OU PAS DE SALUT.
Vous avez une idée de ce que ça peut être ?, j'ai demandé à la fille. * Comment vous vous appelez ?
J'ai décliné mon identité, en me rajeunissant de trois ans pour ne pas montrer que ma carrière était un désastre. Le courant avait l'air de passer. Après quelques minutes d'investigation sans intérêt, nous sommes retournés sur la scène du crime. Fabienne a fait le tour du cadavre et a examiné le buste de Clémentine Autain. Un policier avait couvert les fesses de l'altermondialiste avec une couverture, après avoir pris quelques clichés, pour diffusion sur le web. * Qu'est-ce que vous regardez ?, j'ai demandé. On dirait une piqûre d'insecte, j'ai tenté. Devant ce que je pris comme une menace indirecte, je lui rappelais qu'en ma qualité de journaliste politique, je ne pouvais faire autrement que d'informer mes lecteurs. J'argumentai que je pouvais me résoudre à ne rien dire si elle promettait de m'associer de près à l'enquête, ce qui serait rien moins que le prix de ma discrétion et du respect, compte tenu de ma relation privilégiée avec elle, que je devais à la mémoire de Mademoiselle Autain. * Je comprends, elle consentit. Je vous appellerai dès que j'aurai du nouveau. Il n'y avait aucun scoop à tirer de cette affaire. Pas pour mon site minable en tout cas, même si le meurtre de Clémentine Autain allait, à n'en pas douter, faire du bruit. L'idée de faire équipe avec Fabienne Montsé, à ce stade, était un moyen comme un autre de servir mon coup de foudre. Lorsque je rentrai chez moi, encore sous le choc, j'allumai la radio et appris la disparition presque simultanée de Doc Gynéco. Contrairement à ce qui était arrivé à Clémentine Autain, son corps n'avait pas été retrouvé. Le gros rappeur, soutien n°1, de Nicolas Sarkozy s'était simplement volatilisé, ce qui n'était pas simple si l'on considérait sa physionomie. Avait-il été victime, lui aussi, du mystérieux PRINCE NOIR ? { Quatrième épisode : à suivre... } Warning: Smarty error: unable to read resource: "blog/footers/feuilleton.tpl" in /opt/WebSites/www.fluctuat.net/htdocs/medias-factory/config/MF_class/smarty/Smarty.class.php on line 1092 |
Des people outrageusement humiliés, des cadavres d'intellectuels tatoués d'un 35 à l'encre noir, la course à l'Elysée 2007 est jonchéede crimes odieux. Un jeune journaliste désabusé et une enquêtrice de la police scientifique vont bientôt trouver le lien entre toutes ses atrocités et décourvir la plus sordide des machinations. Pendant que sur la scène défilent les premiers rôles, en coulisses s'activent ceux pour qui l'issue de la Présidentielle ne tient pas du hasard.
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