Lorsque Joschka Fischer prend sa retraite en 2006, tous les Allemands savent qu’une page de leur histoire politique est tournée. Toute une génération s’en va, celle de soixante-huitards idéalistes qui ont confronté leurs utopies au principe de réalité.
Joschka Fischer en fait partie. Du genre à préférer les conférenciers marxistes aux profs de fac. A ne jamais dire non à une manifestation ni au lynchage d’un policier. Dans les années 70, Joschka Fischer crie haut et fort ses convictions anarchistes.
Mais la réalité le rattrape. « L’automne allemand » de 1977 voit les attentats se multiplier ainsi qu’un détournement d’avion spectaculaire. Joschka Fischer tourne alors le dos à la révolution violente, et choisit la voie de l’alternative en adhérant aux Verts en 1982. Ses convictions, il les fait désormais entendre au Bundestag.
Et le député en baskets se fait vite remarquer. Son franc-parler plaît, comme lorsqu’il insulte le président du Parlement de « connard ». Ou qu’il ose répondre à
Donald Rumsfeld qu’il n’est pas « convaincu » de la nécessité d’une guerre en Irak. Parce que sa notoriété, Joschka Fischer la doit à son mandat de ministre des affaires étrangères.
Au sein du gouvernement
Schröder, entre 1998 et 2005, seul Joschka Fischer est resté le même tout en perdant ses anciens idéaux. Le jeune pacifiste laisse la place à l’homme politique qui approuve le conflit au Kosovo. Il troque le jeans-basket contre un costume respectable. Et depuis sa retraite, Joschka Fischer enseigne à l’université de Princeton. Une consécration pour l’ancien chauffeur de taxi fier de n’avoir jamais étudié. Aujourd’hui fier d’avoir fait partie de cette génération politique qui s’est définitivement éloigné de l’Allemagne d’après-guerre.