« En politique, si vous voulez des discours, demandez à un homme. Si vous voulez des actes, demandez à une femme »
En politique, c’est parfois simple de savoir dire non. De se jouer des anciennes idées politiques afin d’apporter la révolution de ses méthodes. De dire non à ceux dont on veut soulager les souffrances. La Dame de fer, à l’origine de la révolution tory, est devenue experte en néolibéralisme, s’inspirant de
Reagan mais apportant, avec elle, la petite touche de sévérité qui va si bien aux bourgeoises anglaises.
Née d’un père conservateur, elle apprend tôt la valeur du travail et de l’argent mérité. Après ses études de droit et de chimie à Oxford, elle se lance en politique mais doit attendre plusieurs années avant d’être élue députée à la Chambre des communes, en 1959. Avec sa verve et ses discours flamboyants, elle se fait remarquer, mais doit lutter au sein d’un parti conservateur qui a encore du mal avec les femmes.
C’est donc sur un coup de chance, et le retrait de son rival à la dernière minute, qu’elle est élue à la tête du parti tory en 1975. Et c’est en 1979 que Mme Thatcher devient la première femme élue à la tête d’un gouvernement européen.
La nouvelle donne s’installe très vite. Les entreprises nationales sont privatisées, comme British Airways ou British steel. Les transports sont vendus, la sécurité sociale démantelée en même temps que les impôts sur les classes aisées fondent. Le secteur industriel est détruit. Productivité et chômage augmentent étrangement au même moment.
Mais c’est surtout par son inflexibilité que Thatcher plaît. Contre les grévistes de la faim de l’IRA en 1981, aucune concession. Devant les syndicats des mineurs en 1984, aucun retrait. Face à la menace argentine dans les Malouines en 1982, l’attaque préventive. Forte de tous ces succès, Margaret Thatcher est réélue en 1983.
La décennie la voit alors farouchement s’opposer à la construction européenne, forte de son amitié avec Reagan. Le Royaume-Uni devient ouvertement atlantiste, au point que les conservateurs émettent des doutes. Margaret Thatcher se voit obligée d’adopter le système monétaire européen pour leur faire plaisir. Mais en 1990, ses rivaux l’emportent au sein du parti tory, provoquant de nouvelles élections. Thatcher se retire avant le second tour, et laisse le poste de Premier ministre à son successeur John Major.
Depuis, le Royaume-Uni a quitté la voie du déclin pour retrouver la croissance. Malgré tout, par ses mesures, Margaret Thatcher a réussi la conversion d’une puissance industrielle à une autre totalement axée vers les services. Si cela a permis de créer des emplois et de retrouver les investissements étrangers, la société anglaise en est ressortie plus inégalitaire que jamais. Ce qu’on appelle les 30-30-40% (30% de pauvres, 30% de précaires, 40% de riches) est une réalité au Royaume-Uni.
Pourtant, le thatcherisme a inspiré en France, en Europe, et dans le reste du monde. Ce ne sont pas moins de 50 pays qui, dans les années 80, privatisent à son exemple. Même
Tony Blair, un brin plus socialiste, se réclame de son héritage. Thatcher a appris au monde qu’en politique, on peut être cassant et dur et faire des émules.