« Le processus de paix ressemble à une nuit de noces dans un champ de mines. »
Dans sa très longue carrière, Shimon Pérès a autant œuvré pour la paix au Proche-Orient qu’à la dégradation du conflit. Né en Pologne, il rejoint Israël à l’âge de onze ans, faisant partie des fondateurs de l’Etat juif. Sans avoir participé aux guerres qui ont permis à Israël de jouer un rôle de premier plan dans cette région brisée, l'éternel partisan de la paix avec les Palestiniens s’est néanmoins autorisé à aller vers le conflit armé.
Comme lorsqu’il est nommé directeur général du ministère de la défense, en 1953. L’ancien officier s’implique dans l’achat d’armes pour le jeune Etat et négocie directement avec la France pour lutter ensemble contre l’Egypte. Il réussit à acquérir le premier réacteur nucléaire d’Israël et plusieurs avions Mirage.
Sa carrière montante lui permet d’occuper plusieurs fonctions ministérielles et de monter dans les échelons du Parti travailliste. Bien qu’il n’ait jamais mené son parti à la victoire, il devient Premier ministre deux fois. La première fois de 1984 à 1986, lorsque l’alliance avec le Likoud oblige le parti conservateur à céder le poste suprême à ses rivaux politiques. Mais aussi après la mort de Yithzhak Rabin, en 1995. Pérès a auparavant, en tant que ministre des affaires étrangères, dirigé les âpres négociations qui conduisent à la signature des Accords d’Oslo, en 1993. Une preuve que le faucon peut se muter en colombe. Un louable effort récompensé par le prix Nobel de la paix en 1994.
Deux ans après, le Premier ministre retrouve ses ardeurs offensives et mène l’opération des « Raisins de la colère » contre le Hezbollah, au Liban. La défaite contre
Benyamin Netanyahou en 1996 l’éloigne du gouvernement. Shimon Pérès redevient l’homme de paix respecté par la communauté internationale.
Depuis, on ne le reconnaît plus. Revenu au sein du gouvernement d’
Ariel Sharon , il défend le droit d’Israël à la sécurité, ce qui implique la construction du mur séparant l’Etat de la Cisjordanie et le soutien à la politique belliqueuse du Premier ministre. Jusqu’en 2006, année au cours de laquelle il quitte le parti travailliste pour rejoindre le parti Kadima dirigé par Ehoud Olmert. La rupture avec son passé de pacifiste est consommée.