Wolfgang Schüssel a l’intelligence des politiciens pragmatiques. Son accession au pouvoir autrichien, il la doit à une tactique politique des plus fines. Les élections législatives de 1999 donnent une égalité presque parfaite entre le parti social-démocrate, le SPÖ, et le parti conservateur dont fait partie Schüssel, l’ÖVP. Mais un nouvel acteur apparaît, le FPÖ, ou Parti de la Liberté, dont le chef, Jörg Haider, fait une entrée fracassante dans la scène politique autrichienne.
Schüssel a le choix : poursuivre la tradition d’alliance gauche-droite, qui dirige l’Autriche depuis cinquante ans, ou se lier aux pestiférés qui rappellent de mauvais souvenirs. Le choix est fait : le Chancelier crée un gouvernement très droite, se met l’Europe à dos ainsi qu’une majorité des Autrichiens. Entre 2000 et 2002, chaque jeudi est l’occasion pour les opposants de manifester à Vienne.
Mais Schüssel a un but. Tout le long de sa carrière, l’ancien député a enchainé les postes au sein de son parti et a été nommé plusieurs fois ministre ainsi que Vice-Chancelier. Désormais, il dirige l’Autriche et compte bien réformer là où les anciens gouvernements n’ont jamais osé toucher, de peur de briser un consensus fragile. Schüssel veut changer la société tout en maintenant un « déficit zéro ». Les retraites raccourcissent ainsi que les charges patronales. Le Chancelier est reconduit en 2002 et coupe tous les budgets : éducation, santé, sécurité. Les doléances pleuvent vite. Surtout lorsque la population apprend que deux milliards d’euros ont permis d’acheter 18 avions militaires « Eurofighters ». De l’argent qui aurait pu servir à autre chose.
Le jugement tombe en 2006 : les sociaux-démocrates devancent les conservateurs. Schüssel se retire en 2007, lui, ses réformes et ses alliés d’extrême droite. Le changement peut faire peur, parfois.